Roman Témoignages et documents

Just Kids – Patti Smith

22 janvier 2017

Pour commencer l’année, j’avais envie d’un témoignage ou d’une autobiographie, deux genres que je lis assez peu, et je suis tombée sur Just Kids en fouillant dans ma PàL. Je ne sais plus trop, au juste, comment ce livre s’est retrouvé en ma possession. À en juger par l’étiquette adhésive qui indiquait un prix d’occasion collée sur la couverture, ça devait être une de mes trouvailles Boulinier. Je crois que c’est la couverture qui m’intriguait, et la perspective de lire un récit qui se passait dans le New York des années 60. J’ai donc décidé de me lancer… et j’ai drôlement bien fait.

« C’était l’été où Coltrane est mort, l’été de l’amour et des émeutes, quand une rencontre fortuite à Brooklyn guida deux jeunes gens dans la vie de bohème, sur la voie de l’art. Patti Smith et Robert Mapplethorpe avaient vingt ans ; elle deviendrait poète et performeuse, il serait photographe. À cette époque d’intense créativité, les univers de la poésie, du rock and roll et du sexe s’entrechoquent. Le couple fréquente la cour d’Andy Warhol, intègre au Chelsea Hotel un communauté d’artistes et de marginaux hauts en couleur, croise Allen Ginsberg, Janis Joplin, Lou Reed… Just Kids commence comme une histoire d’amour et finit comme une élégie, brossant un inoubliable instantané du New York des années 60-70. Avec pudeur et émotion, Patti Smith retrace l’ascension de deux gamins inséparables qui insufflèrent à leur vie la même énergie qu’à leur art. »

Je vais commencer par vous rassurer immédiatement : vous n’avez pas besoin de connaître le travail des deux artistes pour apprécier ce livre. En tant que graphiste, j’étais surtout familière avec le travail de Mapplethorpe. De Patti Smith, je connaissais seulement son tube : « Because the Night », mais j’ignorais totalement qu’elle avait commencé par être poète et qu’elle avait été en couple avec le photographe. Just Kids n’est d’ailleurs pas un livre sur la carrière de chanteuse de Smith, mais plus sur les années qui l’ont précédée, son enfance, son départ du New Jersey pour New York avec juste assez d’argent pour l’aller, sa rencontre et sa vie avec Mapplethorpe, ses errances artistiques, son cercle d’amis artistes. Sachez d’ailleurs que le livre est ponctué de reproductions du travail du couple (photos, mais aussi installations, dessins et textes tapés à la machine), donc vous pourrez de toute manière avoir un aperçu de leur travail. Cela apporte un petit plus sympathique et non négligeable :) Mais vraiment, n’ayez pas peur de vous plonger dedans en ne connaissant rien, ou presque rien d’eux. Just Kids est avant tout un livre qui parle d’amour, d’amitié, d’art, de relations humaines… de la vie quoi.

J’ai beaucoup aimé ce livre. Cela n’a pas été véritablement un coup de coeur, il m’a manqué un je-ne-sais-quoi, mais le moins que l’on puisse dire c’est qu’il m’a inspirée à une période où j’en avais grandement besoin. Smith m’a donné envie de me remettre à créer tous les jours, sans relâche : écrire, photographier, dessiner, mais aussi rire, chanter, danser, etc. C’est un peu grâce à elle si je reprends le blog aujourd’hui. J’ai beaucoup apprécié accompagner Patti tout le long de son aventure New Yorkaise et la regarder évoluer parmi ce cercle d’artistes. J’ai une véritable fascination pour sa détermination et sa force de caractère : convaincue qu’il n’y a pas de travail pour elle là où elle a grandit, elle décide de partir de chez ses parents à 20 ans pour se rendre à New York sans argent et accompagnée de sa valise écossaise dans laquelle elle a fourré un exemplaire des Illuminations de Rimbaud. Elle savait ce qu’elle voulait, et elle a foncé, quitte à dormir dehors pendant des semaines avant de trouver un logement et un travail. J’ai une grande admiration pour ce trait de son caractère.

C’est un livre profondément humain et touchant. J’ai aussi envie de dire que c’est un livre « vrai. » La relation de Patti Smith avec Robert Mapplethorpe, qu’elle a rencontré par le plus grand des hasards, est unique et fusionnelle : tour à tour muse et artiste, ils ont su puiser le meilleur chez l’un et l’autre, et ils étaient parfaitement en communion aussi bien d’un point de vue créatif qu’amoureux. J’ai rarement ressenti un tel attachement envers un couple dans un livre. Sûrement parce qu’avant d’être amants, ils étaient meilleurs amis. Cela se ressent dans l’écriture de Patti Smith : elle parle beaucoup de Robert, de ses états d’âme, de ses frustrations créatives, de sa passion pour l’art, de son goût pour les créations sulfureuses et pour la provocation. J’ai trouvé que beaucoup de tendresse transparaissait dans sa façon de parler de lui. Malgré des débuts compliqués d’un point de vue financier (où ils devaient décider entre acheter du matériel ou manger, aller tour à tour au musée car ils n’avaient pas assez pour deux tickets en même temps…) Patti et Robert se battaient férocement pour faire reconnaître leur travail et surtout pour continuer à créer. Patti Smith relate ainsi de longues journées à travailler le jour chez Brentano’s puis chez Scribner’s, une grande librairie, et à écrire ou dessiner la nuit en écoutant des vinyles. Leur évolution et leurs tatônnements artistiques sont très intéressants à suivre d’ailleurs : même si ils n’étaient pas sûr de savoir où ils allaient (est-ce d’ailleurs si important d’aller quelque part quand on crée ?), ils continuaient à avancer et à créer, tous les jours, chacun à la recherche de leur identité artistique. Et surtout, ils s’aimaient et ils étaient là l’un pour l’autre. Leur couple n’est jamais niais ; ce livre est au contraire une véritable ode à l’amour, et il a été pour moi grandement motivant !

À travers les yeux de la chanteuse, le lecteur est amené à découvrir un véritable portrait du New York des années 1960-1970 et de la Beat Generation (je vous conseille d’ailleurs cet article qui retrace le parcours de Patti Smith dans le New York d’aujourd’hui), et à croiser une quantité impressionnante d’artistes que je ne connaissais pas pour la plupart. C’est dans ce climat de véritable effervescence créatrice que Patti Smith et Robert Mapplethorpe tentent de se faire un nom. Musiciens, photographes, peintres, écrivains, chanteurs, poètes, toute une communauté que les deux artistes seront amenés à croiser au Chelsea Hotel, réputé pour loger de nombreux créateurs et dans lequel il est possible, à l’époque, de troquer une chambre contre un tableau. Certaines personnes ne feront que passer brièvement dans leur vie quand d’autres y resteront pour des semaines, des mois et pour quelques rares personnalités , des décennies. Les amitiés se créent, les groupes se forment, évoluent, quelques personnes partent et de nouvelles arrivent, tous se croisent dans le hall du célèbre hôtel ou à la table du Max’s Kansas City. Certaines rencontres seront décisives pour la carrière des deux artistes (l’amie photographe de Mapplethorpe qui lui prête son polaroid, lui qui avant achetait des magazines pour avoir matière à faire ses collages), mais presque toutes seront inspirantes (Jimi Hendrix que croise Patti Smith alors qu’elle n’ose pas entrer dans une fête)…

La plume de Patti Smith est d’une finesse assez incroyable. Tout est fluide, et sous son crayon, le moindre détail du quotidien devient de la poésie. De ce côté-là, je regrette un peu de l’avoir lu en français. Sûrement que la poésie de la version originale ressort beaucoup plus. Si vous êtes à l’aise en anglais, cela peut être intéressant je pense ! C’est un livre que j’ai lu, pour ma part, par petits bouts, en le savourant et en captant des bribes de vie à gauche et à droite : à vous de voir si vous préférez le lire d’une traite ou à ma façon. Je n’ai pas tout apprécié de manière égale, certains passages m’ont semblés un peu longuet par exemple, mais l’ensemble dégage une douce impression qui a fait que je suis ressortie de ma lecture apaisée.

Mais dans tous les cas, foncez, car ça a été une lecture vraiment touchante, un melting pot entre le portrait d’une époque, une histoire d’amour, une ode à l’art. Bref, un livre poétique et furieusement humain.

Rendez-vous sur Hellocoton !

You Might Also Like

1 Comment

  • Reply Clow 2 février 2017 at 10 03 22 02322

    Oh cette chronique est tellement belle. Ma maman est assez fan de Patti Smith et j’avais hésité à lui offrir parce que j’avais peur de ce côté trop autobiographique et trop centré sur son art. Ta chronique m’a donné très envie de me plonger dedans, de découvrir leur histoire à tous les deux. Cela semble très beau à lire, et ça me donne très envie !

  • Leave a Reply