Cinéma

Le garçon et la Bête

17 janvier 2016

Mamoru Hosoda et moi, c’est une grande histoire d’amour qui dure depuis son tout premier film, La traversée du temps, que j’ai vu au cinéma alors que j’étais encore au collège. Je me souviens l’avoir adoré notamment parce qu’il sortait de ce que j’avais l’habitude de voir en cinéma d’animation. Son leitmotiv, « Time waits for no one », est resté longtemps ma phrase « fétiche » et je pense que je peux encore la retrouver marquée sur bon nombre des pages de mon agenda de l’époque. Depuis, j’ai pris l’habitude d’aller voir chaque nouveau film de Hosoda dès sa sortie au cinéma, et à chaque fois, ça a été un claque au niveau de l’animation et de l’histoire. Aucune exception pour Le garçon et la bête qui, d’après moi, dépasse même ses trois films précédents sous tous les angles et que je vais aller jusqu’à qualifier de chef-d’oeuvre.

Ren est un petit garçon qui a fugué de chez lui après la mort de sa mère et la disparition de son père. Errant dans les rues de Shibuya (quartier « jeune » de Tokyo), tremblant de peur, de tristesse et de rage, il cherche à fuir loin des parents éloignés qui ont proposé de l’accueillir. Alors qu’il est recroquevillé entre deux vélos dans une petite rue, il se fait alpaguer par une curieuse silhouette vêtue d’une cape. Sous le vêtement, le jeune garçon découvre avec horreur des crocs pointues, une longue truffe et des poils : une Bête. « Ça te dirait de venir avec moi ? » lui demande-t-elle. Ren, abasourdi, ne répond pas et la créature s’en va. Le jeune garçon, pourtant intrigué, décide donc de la prendre en filature et après s’être engouffré dans une étrange ruelle labyrinthique, il atterris à Jutengai, le monde des Bêtes. Là, il retrouve la créature – un dénommé Kametetsu – sorte d’ours géant au très mauvais caractère, qui prétend au titre de meilleur combattant du pays. Pour cela cependant, il doit prendre un disciple, sauf que son mauvais caractère en a fait fuir plus d’un. Il propose à Ken, rebaptisé Kyuta (à cause de son âge, 9 = Kyû) de le prendre sous son aile, de le nourrir et de lui apprendre à se battre. Commencent alors de longues années d’apprentissage, où Kyuta apprend à égaler puis à dépasser son maitre … jusqu’à qu’il retrouve la ruelle qui lui donne accès au monde des humains. Dès lors, il va devoir choisir…

Le film se concentre dans un premier temps sur l’évolution de la relation (haute en couleur) entre maître et disciple, chacun ayant un caractère bien trempé. Kyuta et Kamatetsu se hurlent en permanence dessus et entretiennent une relation à la « je t’aime moi non plus » qui est, il faut bien l’avouer, hilarante, et qui constitue le running gag de la première partie. Pas de couple amoureux ici mais une relation familiale forte, parce qu’il faut bien vite se rendre à l’évidence : Kyuta recherche en Kamatetsu, bien plus qu’un maître, le père qu’il n’a jamais eu. C’est un lien fort, unique et touchant qui attache ces deux personnages. Kuyta est donc bien, au début de l’histoire, en quête d’une famille, d’une personne qui pourra l’accepter comme il est, et cette quête change légèrement lorsqu’il retourne à Tokyo et qu’il fait la rencontre de Kaede, qui va lui apprendre à lire et à écrire (Ken ayant arrêté l’école à 9 ans). Il va alors commencer à faire des aller-retour d’un monde à l’autre, s’entrainant le jour et étudiant la nuit. Et lorsqu’il s’aperçoit qu’il possède l’adresse de son père biologique, c’est une véritable quête identitaire qu’il commence.

On retrouve dans Le garçon et la Bête bien des thèmes chers à Hosoda, notamment le difficile passage à l’âge adulte et la volonté d’appartenir à une communauté malgré les choix déchirants que cela suppose. Dans Les enfants loups Ame et Yuki, c’était Ame, le frère, qui devait choisir entre rester humain et devenir loup. Kuyta, lui, aspire bien vite à une vie « normale » où il pourrait aller à la fac, avoir une famille, vivre dans une maison, mais il reste bien trop attaché à celui qui l’a élevé. Son cheminement est intéressant à suivre, même si son choix final reste un peu attendu.

J’aimerais m’attarder quelques lignes sur l’animation qui m’a laissée bouche bée une bonne partie du temps. À la maîtrise déjà parfaite que l’on retrouve dans ses autres longs-métrages, Hosoda rajoute un effet 3D qui sert superbement le film à de nombreuses reprises. Je pense notamment à la scène où Ken arrive à Jutengai après un passage d’un monde à l’autre digne du Voyage de Chihiro, et où il est paniqué et déboussolé. Hosoda nous propose de vivre la scène de son point de vue, donc à hauteur d’enfant et en se promenant dans la foule bigarrée un soir de marché, ce qui fini par devenir rapidement anxiogène. Même point de vue lorsqu’il se retrouve en plein Shibuya le soir de sa fugue. C’est une 3D fluide, qui permet au spectateur de s’identifier entièrement à Ken.

En parlant de Ken, j’ai adoré presque tous les personnages. Ken / Kyuta se révèle être finalement le plus attachant, d’autant plus qu’on suit son évolution, autant physique que mentale. Le petit garçon plein d’énergie prêt à tout pour faire enrager son mentor devient un jeune homme plus sage, sûr de sa force et protecteur (mais qui aime toujours autant provoquer son mentor pour la bonne cause). Sa soif d’apprendre, quand il rencontre Kaede à la bibliothèque, est touchante. Kamatetsu puise sa force dans son mauvais caractère : il fait parti des ces personnages bourru mais au coeur d’or. Contre toute attente, c’est lui qui fait le plus de progrès, car il n’a au début du film qu’une force physique impressionnante dont il se sert sans réfléchir, à la manière d’un bourrin. Kyuta lui apprend à être agile et à prévoir les mouvements de ses adversaires. Les deux personnages secondaires qui suivent le duo partout où ils vont sont intéressants mais servent finalement à peu de choses. Tatara, le meilleur ami de Kamatetsu, est d’abord très sceptique quant aux capacités de Kyuta, mais il va peu à peu réviser son jugement, jusqu’à considérer qu’il est « fier de lui ». Hyakushuubou, bonze de son état, est la voix de la raison qui va amener Kyuta à réfléchir et à essayer de comprendre le comportement de son mentor. Finalement, le personnage que j’ai trouvé le moins exploité, c’est Kaede, ce qui d’autant plus frustrant quand on sait que 1. c’est … le SEUL personnage fille de tout le film (si on excepte la mère de Ken qui fait des apparitions surprises) et 2. que Hosoda sait construire des personnages féminins pertinents. Kaede a certes un rôle de « mentor » quand elle apprend à Ken à lire, mais son personnage n’a que des particularités « féminines » (elle rassure, apprend, et comme bien sûr elle « n’aime pas la violence », Ken la sauve deux fois de suite et elle ne sert qu’à l’encourager .. moui). Seul petit bémol dans cette merveille du cinéma d’animation, donc.

En bref, courez le voir. Le garçon et la bête est un chef-d’oeuvre qui n’a absolument rien à envier aux films du studio Ghibli : Hosoda suit seul son petit bonhomme de chemin et c’est très bien comme ça. C’est un film intelligent, drôle, émouvant et bien plus profond que laisse entrevoir la bande annonce (et même ma critique, j’ai uniquement parlé de la première partie du film, n’oubliez pas…).


Titre
Le garçon et la bête
Réalisateur Mamoru Hosoda
Distributeur Gaumont Distribution
Genre Animation
Nationalité Japonaise
1h58 // 2016

« Shibuya, le monde des humains, et Jutengai, le monde des Bêtes… C’est l’histoire d’un garçon solitaire et d’une Bête seule, qui vivent chacun dans deux mondes séparés. Un jour, le garçon se perd dans le monde des Bêtes où il devient le disciple de la Bête Kumatetsu qui lui donne le nom de Kyuta. Cette rencontre fortuite est le début d’une aventure qui dépasse l’imaginaire… »

Bande annonce ICI

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5 Comments

  • Reply Claire Aventure Livresque 17 janvier 2016 at 10 01 22 01261

    Je ne suis pas adepte des dessins animé japonais mais celui là à l’air vraiment interessant ! peut être que je me laisserais tenter ^^
    bon weekend à toi

  • Reply Mots Insatiables 19 janvier 2016 at 10 10 22 01361

    Ça donne sacrément envie tout ça ! J’avais adoré Les enfants Loups, aussi y a avait pas besoin de beaucoup pour me convaincre mais là, j’ai très hâte de le voir après t’avoir lue ! :)

  • Reply Idril 27 janvier 2016 at 10 07 22 01161

    Je ne connais pas Mamoru Hosoda, mais j’ai hâte de le découvrir… Je viens juste de voir qu’aucun cinéma belge ne le diffuse :/ Mais merci pour ta chronique :)

  • Reply L'ouvroir de Mie 9 mars 2016 at 10 03 22 03283

    Coucou ! Je t’ai tagué ici : http://louvroirdemie.blogspot.ca/2016/03/book-fangirling-award.html
    Mais si tu n’as pas envie ou pas le temps de faire l’article, peut-être peux-tu me répondre simplement en commentaire ?

    Bisous !

  • Reply Léna Bubi 1 août 2017 at 10 09 22 08468

    Quel bel article et hommage au film !! Tu en parles très très bien, j’ai envie de re voir cet animé du coup… Les dessins sont magnifiques tout comme l’intrigue captivante et les personnages que l’on chérie fort fort fort durant tout notre visionnage <3 !

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