BD

Beauté (t. 1, 2 et 3) – Hubert / Kerascoët

25 novembre 2015

Il y a quelques semaines, j’ai vu ces BDs passer dans mon fil Livraddict , parce que Sita les avait lues et bien aimées. Je m’étais déjà plongée dedans une première fois il y a quelques années, et j’en gardais globalement un très bon souvenir. Du coup, ni une ni deux j’ai décidé de les relire. C’était toujours aussi chouette : sans être un coup de coeur, cette série réussit pour moi aussi bien sur le fond que sur la forme.

L’histoire se déroule dans une sorte de moyen-âge fantasy (mais sans dragon (mais y’a de la magie (du coup c’est quand même chouette))). On va suivre Morue, une jeune adolescente très laide, surnommée ainsi à cause de l’odeur de poisson qui imprègne sa peau. Un jour, après avoir essuyé des moqueries pour la énième fois, elle se réfugie dans les bois et prend en pitié un crapaud, la seule créature qui peut la comprendre au vu de sa difformité. En pleurant, elle fait tomber une larme sur la bête qui se métamorphose en fée : pour la remercier, celle ci lui propose de réaliser un vœu. Sans hésiter, Morue demande la beauté. La fée la prévient toutefois : elle ne peut changer la réalité mais seulement la perception que les autres vont avoir d’elle. D’abord ravie de son nouvel aspect, Morue, devenue Beauté, va bien vite s’apercevoir que son voeu se transforme peu à peu en malédiction…

beauté1

TINTINTIIIIN (je fais bien le suspense non ?). BREF, pourquoi qu’elle est bien cette série ? Vous l’avez sûrement déjà compris grâce à mon résumé de folie, il s’agit d’un conte « pour adulte », qui en reprend tous les codes. Sauf qu’ici, on est loin des versions édulcorées de Disney : on se situe davantage du côté « la-petite-sirène-qui-meurt-dans-le-conte-d’Andersen » de la force. C’est la cruauté et la violence qui prime : Beauté étant l’incarnation de la perfection, elle rend tous les hommes fous à lier (j’aurais bien aimé voir des lesbiennes succomber aussi mais apparemment ça existe pas dans ce monde *HUMOUR*). Personne n’est gagnant dans cette histoire : Beauté passe son temps à fuir et à se cacher, ou à craindre pour sa vie, comme une punition pour avoir osé privilégier son apparence physique, et les hommes deviennent des bêtes qui ne pensent plus qu’à elle, à son corps, sans même voir qu’elle est un peu bêbête (au début de l’histoire, je vais y revenir). Partout où Beauté passe, le chaos apparaît et les guerres se déclenchent.

Au-delà du conte, la saga dans son intégralité constitue une histoire philosophique assez intéressante, qui n’est pas sans faire penser à du Voltaire (Candide, notamment). C’est une réflexion évidente sur la beauté et l’apparence, qui sont des notions très subjectives, dont chacun aura sa propre interprétation. J’ai presque vu cela comme un voyage initiatique : Beauté évolue au fil des années et en fonction des gens auxquels elle est confrontée. D’abord très naïve et orgueilleuse, elle va petit à petit devenir plus calculatrice, en passant de château en palais, de princes en rois. C’est un personnage que j’ai un peu de mal à cerner : elle apparait d’abord comme étant très superficielle, volage, mais elle garde certaines valeurs. Dans tous les cas, son évolution m’a beaucoup plu : à la fin du récit, elle est devenue une femme forte. Autre figure intéressante : la soeur du deuxième mari de Beauté, qui compense son « aspect physique peu avantageux » par une grande sagesse, un caractère bien trempé et des aptitudes en combat et en logistique. Je ne peux pas révéler son évolution au risque de vous spoiler mais sachez en tout cas qu’elle bénéficie également d’une histoire intéressante. Le message est donc assez clair : méfiez vous des apparences. Rien n’est tout blanc ou tout noir : chaque personnage est justement nuancé et chacun semble avoir un karma bien à lui, qui décide de sa fin dans le troisième et dernier tome.

Artwork pour l'édition collector

Artwork pour l’édition collector

Niveau graphisme, j’ai trouvé ça magnifique. Les couvertures, notamment, sont très très belles. Les couleurs varient d’une ambiance à une autre, c’est très bien rythmé et construit, les traits des personnages sont expressifs. On alterne entre l’image de « Morue » et celle de « Beauté », comme pour rappeler au lecteur qu’elle reste la même, et pour signifier son parcours. Il y a notamment un vrai travail de décoration quand on passe dans des endroits luxueux (palais par exemple) : enluminures, sculptures, fontaines, etc. Bref, c’est bien chouette pour les yeux.

En bref, si vous aimez un peu la fantasy ou les contes, les voyages initiatiques, les épopées avec des chevaliers, des princesses et des tonnes de péripéties, mais avec un fond intelligent, foncez sur cette série !

Titre Beauté (t. 1 « Désirs exaucés », t.2 « La reine indécise », t.3 « Simples mortels »)
Scénario Hubert / Illustrations Kerascoët
Éditeur Dupuis
2011 – 2012 – 2013 // 48 pages chacun

« Présent inestimable ou cadeau empoisonné, son incroyable beauté va-t-elle faire de Morue une princesse adulée ? »

★★★★☆ Très bien

 

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply