BD

Elle s’appelait Tomoji – Taniguchi

15 septembre 2015

IMG_3734_2Je suis rarement déçue par un Taniguchi et Elle s’appelait Tomoji n’a pas fait exception à la règle. Ceux qui me suivent sur Youtube savent que mon auteur préféré est Murakami. En réalité, j’apprécie énormément la littérature japonaise dans son ensemble. Je la trouve calme, relaxante, et terriblement humaine. Des éléments que l’on retrouve dans les BDs de Taniguchi.

L’histoire commence en 1925 alors que Tomoji a 13 ans et habite dans le village de Hemi (département de Yamanashi). Alors qu’elle est sur le chemin du retour après l’école, un jeune homme nommé Fumiaki Itô se rend chez elle pour photographier sa grand-mère, chez qui elle vit. Les deux adolescents se manqueront de peu mais Taniguchi nous annonce dès le début qu’ils seront amenés à se rencontrer quelques années plus tard… Puis on suit la jeunesse de Tomoji à travers un flashback qui va de sa naissance à cette fameuse journée de 1925 où son destin et celui de son futur époux seront désormais liés. Puis la progression se fait de manière linéale, jusqu’en 1932.

IMG_3735_2Tomoji Uchida a fondé un temple boudhiste dans lequel se rend très souvent la femme de l’auteur. Dans l’interview de Taniguchi que l’on retrouve à la fin du livre, on peut lire ceci « L’angle que j’ai choisi de privilégier (…) c’est le parcours de vie qui a façonné la personnalité de Tomoji, et qui l’a finalement conduite à choisir la voie de la spiritualité ». Un parti pris original : Taniguchi ne mentionne le temple qu’à la tout fin et décide de parler de Tomoji pour ce qu’elle est, c’est à dire une femme intelligente, vive et sérieuse et non uniquement pour ce qu’elle a construit. L’un menant à l’autre, Taniguchi signe ici un portrait touchant et réaliste comme je les aime.

Tomoji n’a pas eu une enfance simple. Taniguchi nous dépeint un Japon rural, une vie « à la dure » où les traditions, la famille et la religion occupent une place centrale. Dès qu’elle est en âge de le faire, le soir après l’école, Tomoji doit aider aux champs et au magasin (épicerie ?) que tient son père . Une routine fatigante dont elle s’acquitte sans broncher. Après plusieurs drames familiaux, c’est sa grand-mère qui lui inculque des valeurs et qui lui donne de précieux conseils. Cette femme, nommée Kin Uchida, que l’on voit prier à de nombreuses reprises pour la protection de sa famille, est sans doute une des raisons pour laquelle Tomoji a fondé le temple et ce pourquoi elle était autant attachée au spiritisme. Brillante à l’école, la famille de la jeune fille l’incite à continuer ses études, ce qui l’amènera à terminer le lycée et à partir dans une école de couture, où là encore elle travaillera très dur. L’histoire s’arrête au moment où Tomoji et Fumiaki se marient et s’installent ensemble.

IMG_3737_2Le temps qui passe est un thème cher à Taniguchi, qu’il a exploité de nombreuses fois. L’histoire de cette femme extraordinaire, dotée d’un courage impressionnant, se déroule sous nos yeux comme si nous y étions, à la manière d’instantanés. Le lecteur est invité à pénétrer doucement dans la vie de Tomoji, sans faire de bruit. Certains passages sont si poignants et intimes qu’on a presque l’impression d’être des voyeurs, de ne pas avoir le droit de contempler le destin tragique d’une partie de cette famille. On a parfois l’impression de voir des photos. Le récit est fluide et bien découpé, les sauts dans le temps permettent de progresser d’un évènement à un autre sans jamais que ce soit trop rapide ou trop lent. Et comme toujours, le trait de Taniguchi est un vrai délice qui sait capter la moindre expression du visage ou le moindre pétale de fleur, tout en délicatesse et en poésie. L’auteur alterne d’ailleurs entre son trait original et un trait « plus réaliste, moins BD » pour redessiner des photographies originales de Tomoji et de sa famille, ce qui apporte un vrai plus à ce récit de vie déjà complet.

Ça n’a pas été un coup de coeur parce qu’il m’a manqué un petit quelque chose, mais je n’arrive pas trop à déterminer quoi. Le récit est peut être un peu trop court : il survole en 170 pages 19 années de la vie de Tomoji. Cela nous empêche de nous attacher réellement aux personnages. Cependant, cette BD m’a laissé une très bonne impression et je vous la recommande !

couv8654235Titre Elle s’appelait Tomoji
Auteur Jirô Taniguchi
Editeur Rue de Sèvres
2015 // 172 pages

Taniguchi met ici en scène la rencontre entre deux adolescents dans le Japon de l’entre-deux guerres (1925-1932). Tomoji vit dans la campagne japonaise au nord du mont Fuji tandis que Fumiaki fait ses premiers pas de photographe à Tokyo. L’auteur nous fait découvrir avec sa sensibilité habituelle ce qui va unir ces personnages. Une histoire inspirée de personnages réels qui fonderont par la suite une branche dérivée du bouddisme.

★★★★☆ Très bien

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