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Les enquêtes de Sherlock Holmes (Sherlock Holmes no Chousen)

24 août 2015

couv15919968Titre Les enquêtes de Sherlock Holmes (VO : Sherlock Holmes no Chousen)
Auteur Illustrations de Haruka Komusubi (d’après l’œuvre de Arthur Conan Doyle)
Éditeur Nobi nobi ! // Collection Les classiques en manga
2015 // 236 pages

« Dans le Londres de la fin du XIXème siècle, le docteur Watson fait la connaissance d’un individu des plus remarquables : le détective privé Sherlock Holmes. Embarqué malgré lui dans les plus étranges enquêtes de la ville, il apprendra aux côtés de cette légende vivante les filons de la logique et de l’observation méticuleuse qui mènent à la résolution de ces énigmes. Mais elles semblent toutes avoir un point commun : le machiavélique professeur Moriarty ! Holmes va devoir user de son intuition légendaire pour déjouer les plans de son pire ennemi… Élémentaire ! »

★★★☆☆

La première fois que j’ai vu ce titre, j’étais au Salon du Livre de Paris 2015, et je dois avouer que ma première réaction a été « Non mais qu’est-ce qu’ils ont encore inventé… ? ». Je n’ai pas pris la peine de le feuilleter sur place, mais le principe m’intriguait. Cela pouvait être aussi bien catastrophique que très intéressant. Finalement je suis tombée dessus par hasard à la bibliothèque quelques mois plus tard et j’ai décidé de me faire ma propre opinion. J’ai plutôt bien fait, parce que ça a été une bonne surprise.

Ce recueil contient cinq nouvelles en tout : Les six Napoléons, La bande mouchetée, La ligue des rouquins, Le dernier problème et La maison vide. La narration est fleuve, c’est à dire qu’il n’y a pas réellement de « découpage ». Le début de chaque nouveau chapitre est simplement annoncé par son titre apposé sur les cases, ce qui laisse peu de temps au lecteur de souffler entre deux enquêtes. Si vous ne voulez pas le lire d’une traite, à vous de vous arrêter parce que le recueil ne vous laisse pas le temps de respirer ! De la même manière, les cases sont découpées comme sur la couverture, ce qui est plutôt étouffant et ce qui donne des pages rapidement surchargées. Cependant, cela permet parfois d’être transporté au cœur de l’enquête, avec un découpage très cinématographique, finalement : zoom sur les yeux de Holmes, Watson qui s’interroge hors-champ, etc.

Ma principale crainte était que l’histoire soit édulcorée, à cause du public auquel est destiné la collection (je dirais à partir de 8/9 ans). Ce n’est pas le cas, et je suis reconnaissante envers l’éditeur pour avoir respecté le matériau d’origine. Bien sûr, à cause du format, chaque enquête est considérablement raccourcie et, si les cadavres sont montrés, ils ne baignent pas dans le sang non plus (m’est avis que les nouvelles ont été choisies en fonction de leur nombre de morts et de leur facilité à être comprises aussi). Mais chaque enquête se tient et suit un format logique que l’on retrouve dans toute bonne enquête du célébrissime Sherlock : le détective s’ennuie dans son bureau, un client vient le voir, lui raconte le problème, Sherlock accepte, se promène un peu sur les lieux du crime, réfléchis en silence, réuni Lestrade et Watson et parvient à résoudre l’énigme ET à attraper le ou les criminels. Emballé, c’est pesé. Les nouvelles choisies sont intéressantes, même si elles paraissent un peu random : elles sont variés (assassinats, détournements de fonds, etc.), ce qui permet aux enfants n’ayant jamais lu de Sherlock Holmes de se faire une idée du large panel d’aventures et de rebondissements qu’ils pourraient découvrir en se plongeant dans les nouvelles de Conan Doyle.

Les traits de caractères des personnages sont respectés, même si je n’ai pas souvenir que Sherlock soit aussi cassant dans les nouvelles de Conan Doyle : il semble plus inspiré de l’interprétation de Benedict Cumberbatch dans la super série TV Sherlock. Ils sont bien sûr un peu caricaturaux mais ils marchent : Sherlock est un peu méprisant, un peu au dessus de tout le monde, très mystérieux, et bien sûr brillant. Watson est émerveillé par son compagnon, il est naïf, gentil et plein de bonne volonté, mais un peu maladroit aussi. Je n’ai pas spécialement accroché au dessin, plutôt quelconque. Tout est exagéré pour permettre aux enfants de mieux cerner les personnages : si Sherlock est grand, mince, avec des cheveux noirs, des petits yeux et des traits très secs, Watson est petit, avec des grands yeux qui s’émerveillent et des cheveux clairs. Dans ce recueil, il est d’ailleurs présenté comme le personnage comique, toujours à la traine, gentiment moqué par Sherlock.

Et là, pour moi, ça a coincé, parce que Watson est tellement plus que ça. Dans les enquêtes originales, c’est une aide indispensable pour Sherlock du fait de son métier (docteur) et ils forment un vrai duo. Le Watson de ce manga est fade et pleurnichard. Petite déception pour ma part. Nous avons quand même le droit d’apercevoir ZE grand méchant, Moriarty, mais là encore, il est à des km du personnage original et on ne le voit pas assez pour qu’il soit suffisamment poussé ni pour qu’on comprenne ses motivations, puisqu’il apparait sur 5 planches de la dernière nouvelle. Du coup, je suis sceptique : il aurait peut être fallu soit ne pas le mettre du tout, mais ça aurait été dommage parce qu’il est aussi important que Sherlock ou Watson, soit l’intégrer plus tôt, ou faire un autre volume qui lui serait d’avantage consacré. Globalement d’ailleurs, la fin du recueil est bâclée. Tout va trop vite, on sent qu’à cause du format le mangaka a du tout compresser et c’est vraiment dommage parce que les autres nouvelles sont plutôt agréables à suivre.

De plus, le format manga engendre un problème important : on perd l’écriture de Conan Doyle… et le découpage rend la lecture moins haletante, plus saccadée. Dans les enquêtes d’origine, le lecteur est au même niveau que Watson, il peut mener l’enquête avec lui grâce aux détails et indices distillés par l’écrivain. Dans le manga, c’est impossible parce qu’aucun indice n’est dessiné et c’est très frustrant : nous sommes obligés de nous laisser porter par les dessins mais finalement, on reste assez en retrait.

Globalement, je dirais que ce recueil est une bonne initiation à l’univers de Sherlock Holmes pour les plus jeunes, et qu’il rempli bien son travail : présentation des personnages, de la diversité des enquêtes, du schéma narratif de chaque enquête, etc. Bonus : à la fin, deux pages sont consacrées à la biographique de Conan Doyle et du personnage de Sherlock Holmes, ce qui est appréciable. Cependant, il est évident pour moi que ce manga seul ne suffit pas : rien ne vaut les enquêtes originales. Le principe des « Classiques en manga » a réussi à m’intriguer, donc je lirais sans doute un roman adapté dans cette collection, comme Roméo et Juliette par exemple, pour voir si le principe marche toujours sur la durée.

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