Cinéma Culture

Vice Versa – Un film en demi teinte

11 juillet 2015

Si on me demandait spontanément quel est mon Pixar préféré, je répondrais sans doute « Là-haut ». Ce film incarne tout ce que j’aime dans un Pixar : humour au bon moment, personnages extrêmement attachants, running gags bien dosés, pointe d’émotion et scénario très bien construit. Pour moi c’est un peu « LE » Pixar, mais cela reste très personnel. Il été réalisé Pete Docteur, qui n’est autre que l’homme derrière « Vice Versa », mais aussi derrière Monstres & cie et l’indétrônable Toy Story. Autant dire que j’attendais avec impatience la sortie du dernier né des studios, depuis le tout petit trailer qui présentait les personnages jusqu’à la bande annonce finale qui laissait présager une heure et demie de franche rigolade et de petites larmichettes. J’avais lu assez peu de critiques dessus, ne voulant pas me gâcher la surprise, mais globalement je n’en avait entendu que du bien, certains journaux allant même jusqu’à qualifier le film de « meilleur Pixar ». Si le film reste globalement bon, après un second visionnage, je suis très loin d’être de leur avis et j’en suis ressortie déçue. Je vous en parle un peu ?

Inside Out, maladroitement traduit en français par Vice Versa (ce qui selon moi enlève toute la subtilité du rapport titre-film) raconte l’histoire de Riley, une pré-ado (11 ans) plutôt bien dans ses baskets, qui adore jouer au hockey, qui fait tout le temps des blagues et qui est entourée d’une famille aimante (la famille américaine blanche de base, un papa, une maman, une fille, je m’attendais presque au labrador, mais je n’ai pas eu ce plaisir). Bref, tout va bien dans sa vie jusqu’à ce que MALHEUR elle doive déménager à San Francisco et s’adapter à sa nouvelle vie. Dans sa tête, au « QG », cinq émotions dominent : Joie, Tristesse, Peur, Dégout et Colère ont pour mission de la rendre heureuse et de veiller à ce qu’elle reste elle-même, tout en enregistrant ses souvenirs. À la suite d’un fâcheux concours de circonstances, Joie et Tristesse se retrouvent propulsées hors du QG : à elles de s’efforcer à revenir sur leurs pas tandis que le reste des émotions doit se relayer pour éviter à Riley de sombrer dans la dépression.

Sur le principe, je trouvais – et je trouve toujours – l’idée très chouette. Faire un film avec comme héroïnes les émotions, c’est culotté, et Pixar est assez fort à ce jeu là. La plupart des éléments qui font rebondir l’intrigue sont bien pensés : mémoire à long terme, déjà-vu, ami imaginaire, pensées abstraites, souvenirs principaux, rêves, subconscient, pays de l’imagination à base de forêts de frites, de petits copains idéals et de châteaux de princesse, rien n’est laissé de côté. C’est un aspect qui m’a bien plu : tout ce que comporte notre esprit, des souvenirs les plus personnels à la mémoire collective (qui n’a jamais gardé une chanson dans la tête pendant des heures sans savoir d’où elle venait…?) est illustré et retranscrit sauce Pixar, ce qui donne des situations bien cocasses.
C’est un film que j’ai trouvé juste, au niveau des émotions justement. Sûrement un peu difficile à comprendre pour les petits, même si il bénéficie d’un double niveau de lecture, il est moins déconneur que la plupart des Pixar et la trame principale est plus dramatique. Ici, pas de supers méchants, juste une petite fille un peu perdue et des émotions qui font de leur mieux pour protéger « leur enfant » (ce qui n’est évidemment pas sans rappeler Toy Story). C’est un film humain, et probablement un des Pixar les plus profond, et pour ça je félicite le studio.

J’aimerais pourtant passer aux points négatifs, qui sont malheureusement plus nombreux. Je ne dis pas du tout que Vice Versa est un mauvais Pixar : c’est juste loin d’être le « meilleur » d’après moi. Je me suis aperçue que ce qui va suivre est très subjectif : ce n’est que mon avis, et c’est un ressenti qui est lié à mon expérience et à ma vie personnelle et non pas au film en lui-même. Cependant, j’ai depuis lu des critiques qui étaient du même avis que moi. Je vous encourage donc à aller le voir dans tous les cas pour vous faire votre propre opinion !
Beaucoup de gens ont trouvé les personnages attachants. Ça n’a pas été mon cas. Le film se concentre beaucoup plus sur Joie et Tristesse et assez peu sur les trois autres, et on passe finalement trop peu de temps en leur compagnie, ce qui ne m’a pas permis d’éprouver de l’affection pour eux. Mon émotion préférée reste Dégoût, j’ai beaucoup aimé ses mimiques. Le milieu du cinéma d’animation regorge de personnages très joyeux, qui sautent partout et qui voient le bonheur même quand il y en a pas : en général, je les affectionne, je me dit souvent que j’aimerais avoir un(e) ami(e) comme ceci, même si cela doit être fatiguant à la longue. Mais j’ai détesté le personnage de Joie. De joviale, elle passe très rapidement à exaspérante et je l’ai trouvée d’une condescendance, d’un égoïsme et d’un orgueil impressionnants. Sauf qu’on passe une très grande partie du film en sa compagnie, et je peux vous dire qu’une heure et demie en compagnie d’un personnage principal qui ne vous plait pas, c’est LONG. Du coup, je suis passée à côté de pas mal de scènes censées être émouvantes (je n’en parle pas pour ne pas spoiler, les gens qui ont vu le film les reconnaîtrons) qui me sont passées carrément au dessus de la tête. Même chose pour Bing Bong l’ami imaginaire, que j’ai bien aimé mais qui ne m’a pas particulièrement émue. En parlant d’émotivité, j’ai toujours trouvé Pixar très fort pour toucher le spectateur, en intégrant certaines scènes tristes sans tomber dans le mélodrame. Et pour la première fois, avec un Vice Versa, j’ai trouvé un Pixar culcul. Je n’ai pas d’autre mot. Ça dégouline de bons sentiments, la fin est limite mièvre (une partie du début aussi d’ailleurs) ; mais je ne dois pas avoir le gène « famille » qui est censé me faire trouver ça touchant.
Mon deuxième point négatif : le rythme. Après un début très rythmé et hilarant, le film ralenti considérablement au moment où Joie et Tristesse sont expulsées du QG, jusqu’à avoir un vrai passage à vide à partir du milieu. J’ai trouvé le passage où les deux émotions tentent de regagner leur foyer long mais looooong, j’ai eu l’impression qu’elles n’avançaient pas. Le principe est toujours le même : elles arrivent au niveau d’une île (chaque île = un centre d’intérêt de Riley), l’île s’effondre, et ainsi de suite. C’est prévisible et ennuyant.
Et enfin, dernier point que j’ai peu vu dans les critiques : c’est très personnel mais je n’ai pas aimé le design général. Attention, je ne dis pas que le film est moche ; d’un point de vue technique, Pixar s’en sort encore une fois haut à la main sans problème. Tout est extrêmement fluide et c’est très agréable à regarder. Ce sont les personnages et les décors qui m’ont gênée : je n’ai pas accroché à leur aspect. La texture des émotions notamment, un espèce de support pailleté qui m’a fait penser aux fils en coton métallisés ultra kitsch, m’a un peu déroutée. J’ai trouvé les îles et la mémoire à long terme vraiment enfantines, ce qui contraste assez fortement d’ailleurs avec le sérieux du film.

En bref ?
Vice Versa est un Pixar, cela reste indéniable, on retrouve toute la magie du studio à l’intérieur. Il remplit bien son cahier des charges initial : c’est un très bon film pour enfant. En tant que jeune adulte, je suis restée sur ma faim, ce qui m’arrive pourtant rarement devant un film d’animation. Je ne pense pas avoir perdu mon âme d’enfant pour autant, je reste très attachée à Disney et autres Dreamworks, mais Vice Versa ne m’a pas suffisamment fait écho et ne m’a pas touchée autant que j’aurais aimé. C’est dommage, mais ce n’est que partie remise. J’attends impatiemment Le voyage d’Arlo !

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2 Comments

  • Reply Manue 15 juillet 2015 at 10 08 22 07557

    J’avoue que je n’ai pas non plus trop aimé le personnage de Joie, un peu agaçante, mais j’ai quand même était touchée par la fameuse scène et aussi par la fin du film. Comme toi j’aurais aimé passé plus de temps avec les autres personnages. Celui de Dégoût était vraiment réussis et je trouve ça dommage de s’être concentré sur Joie et Tristesse principalement (même si j’ai adoré Tristesse) dans des scènes qui étaient bien trop longue, limite ennuyante. Je ne m’attendais pas vraiment à ça mais j’ai quand même passé un très bon moment.

  • Reply Margaux 3 août 2015 at 10 05 22 08578

    Et bien moi justement j’ai trouvé ça très bien fait la « matière » des personnages parce-qu’à la base se sont des émotions, donc ils n’ont pas l’aspect d’un être humain !
    Après pour les îles et la mémoire à long terme, c’est normal car Riley est encore très jeune, peut-être Pixar a voulu garder le côté enfantin justement pour que les enfants s’identifient et imagine les leur non ?

    Après chacun ses goûts mais moi personnellement j’ai beaucoup aimé Inside Out, je ne l’ai pas vu une deuxième fois (je pense le voir en VO) mais j’ai trouvé que les voix françaises étaient beaucoup réussies :)

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