Cinéma Culture

Big Eyes : Still looking for Burton

5 avril 2015
Non, ce n'est pas Grumpy Cat en bas à gauche.

Non, ce n’est pas Grumpy Cat en bas à gauche.

C’est le coeur lourd et la bouche pleine de chocolat (faut pas se laisser abattre, n’est-ce pas !) que j’écris cet article. Ce matin, j’ai pris la décision d’aller voir le nouveau Burton au cinéma, et en ressortant de la salle, je me sentais vide. Littéralement.

Ce qu’il faut que vous sachiez d’abord, c’est que Burton est mon réalisateur préféré depuis mes 9 ans. Oui, peut être que vous vous en tamponnez l’oreille avec une babouche suisse, mais c’est important pour la suite de ma chronique. Important pour que vous compreniez à quel point je suis déçue. Edward aux mains d’argent figure parmi mes plus grosses claques au cinéma. J’avais eu la chance de le voir sur grand écran pendant une séance film/goûter au Forum Des Images, à Paris. Je me souviens être restée émerveillée tout le long du film par l’ambiance totalement féérique, et avoir eu pitié de ce personnage rejeté par tous à cause de son statut de « monstre ». Je me souviens bien aussi du combat de la fin, qui m’avait effrayée à l’époque, mais j’avais quand même trouvé très esthétique (même si, à cet âge, dans ma tête, ça faisait plus « OOOH le blanc et le rouge CAY BOOO »).

Voilà. Puis, je les ai enchaîné, et je remercie mon père pour m’avoir fait découvrir ce merveilleux réalisateur. J’ai tremblé et chanté devant L’étrange Noël de Mr Jack (qui n’est pas d’ailleurs pas un Burton à proprement parler hein, c’est Henry Selick à la réalisation mais c’est adapté d’un poème de Burton et c’est le directeur artistique – je cite ce film pour son univers absolument merveilleux). Beetlejuice, Sleepy Hollow et Mars Attack ! m’ont fait avoir quelques frayeurs mais m’ont surtout beaucoup fait rire. Ed Wood fut un de mes premiers biopic filmé et m’a fait découvrir ce réalisateur foufou pour qui j’ai encore de la tendresse. Big Fish a été un coup de coeur cinématographique sans précédent ; je crois que j’ai rarement autant pleuré devant un film. A partir de 2005, j’ai eu la joie de pouvoir découvrir ses films au cinéma. Charlie et la Chocolaterie,  puis Les Noces Funèbres, Sweeney Todd (qui a beaucoup de détracteurs mais pour ma part, j’ai encore les chansons sur mon Ipod), Alice in Wonderland … A cette époque, je vivais Burton, je mangeais Burton, je respirais Burton. Je collectionnais posters, livres, figurines, voire jeux vidéos (oui, il existe un jeu PS2 L’étrange Noël de Mr Jack haha). Je le défendais bec et ongles quand on disait du mal de ses films. Ses références et ses inspirations devinrent les miennes. Le vernissage de son exposition à la Cinémathèque fut un des jours les plus excitants de ma vie (même si deux jours avant j’avais fait la queue pendant 8h dans le froid et la pluie pour avoir une dédicace et qu’on m’a fermé la porte au nez à 30 personnes près …). Et puis, peu à peu, c’est devenu mainstream d’aimer Burton. C’était « LE » réalisateur en vogue, on ne parlait que de lui et je lisais des articles de nana prétendant « adoreeeer » ce réalisateur parce qu’elles avaient fait un nail art avec la tête de Jack dessus ou qu’elles avaient une peluche à son effigie. Je peux paraitre condescendante mais je caricature à peine. Ça m’a énervée, je me suis sentie dépossédée de ce réalisateur (qui n’était pourtant pas à moi bien sûr). Je me suis un peu éloignée. Et puis est arrivé Dark Shadow. Les critiques qui avaient descendu Burton sur Alice s’en sont donné à coeur joie. Et ils n’avaient pas tort, parce que DS a été une déception. Assise sur mon siège de cinéma, j’ai attendu vainement que le film démarre, et rien. J’ai rigolé, quelques fois. Mais surtout, j’ai été complètement abasourdie pas la nullité de la fin. Même l’excellent Frankenweenie n’a pas réussi à renouveler mon enthousiasme. Entourée d’articles qui se demandaient si la carrière de Burton était finie ou si il allait nous sortir un nouveau chef d’oeuvre de son chapeau, j’ai attendu patiemment Big Eyes, et plus encore Miss Peregrine et les enfants particuliers (sortie en 2016, il faut vraiment que je lise le bouquin). Et voilà, nous y sommes. Je vais devoir l’écrire. Big Eyes est un très mauvais Burton.

Rideaux swags au fond de la pièce.

Rideaux swags au fond de la pièce.

Big Eyes, c’est l’histoire d’une nana qui n’a pas trop eu de chance dans la vie. Elle quitte, avec sa fille, son mari abusif, pour s’installer à San Francisco et chercher du travail, ce qui ne se fait pas à l’époque quand on est une femme « bien ». Non, à l’époque, on a encore besoin de demander l’autorisation à son mari pour tout et on est prié de se la fermer si il dit non à quelque chose. Soit. Ambiance. Cette femme, qui s’appelle donc encore Margaret Ultrich, y fait la connaissance d’un coureur de jupon insupportable incarné par un Christopher Waltz qui ne joue jamais aussi bien quand quand il campe un connard complet. Charmée par les belles paroles de cet homme qui se prétend peintre et angoissée par la perspective de perdre la garde de sa fille à cause de sa situation précaire, elle accepte de l’épouser. Et c’est là que les ennuis commencent sérieusement. Margaret est peintre. Elle considère que « Les yeux sont le miroir de l’âme », c’est pourquoi les personnages qu’elle représente sont dotés d’immense yeux dans lesquels on peu lire une multitude d’émotion, le plus souvent de la tristesse. Un jour, à partir d’un malentendu, son mari s’attribue une de ses peintures. Envouté par l’attrait de l’argent et du succès, ce dernier va mettre au point un stratagème : Margaret, qui ne sait pas se vendre (par timidité), peindra, confinée dans sa chambre sans contact avec l’extérieur, et Walter se fera passer pour l’auteur de ses tableaux, assurant ainsi une vie de prospérité au couple d’escroc. Tout se déroule à merveille, jusqu’à que Margaret décide de reprendre le contrôle de son œuvre…

Un biopic, Burton en avait déjà fait un avec Ed Wood (1994). Johnny Depp campait alors ce touchant réalisateur incompris, persuadé de ne faire que des chefs d’œuvre quand il enchainait les nanars. Tourné en noir et blanc, dans un format carré, Burton réalisait ainsi un hommage à un de ses réalisateur préférés et y mettait tellement de cœur qu’on ne pouvait qu’adhérer. Je crois que ce qui me gêne le plus, dans Big Eyes, c’est que Burton signe un film aseptisé. Je ne dis pas que Burton doit absolument « faire du Burton ». Mais il excelle tellement quand il fait ce qu’il aime, c’est à dire des films avec un bestiaire incroyable et un poésie marquée, que ça fait mal au coeur de voir un film avec si peu d’âme. Finalement, j’aurais pu dire ça de n’importe quel film, même en ne connaissant pas le réalisateur. Et c’est ça qui m’énerve : Burton a une imagination débordante et je n’en ai pas perçu le moindre millimètre. Enfin, si. Il y a une scène très intéressante qui se passe dans un supermarché où Margaret croise des passants humains aux grands yeux démesurés. La scène est tellement absurde qu’elle fait penser à du Dali. On sent pendant trois minutes que Burton s’éclate, et puis pouf, plus rien, on retourne dans la maison bien meublée de San Francisco. Bon, soit. C’est comme nous mettre sous le nez un sublime gâteau à la fraise puis le remplacer subitement par un vieux biscuit rassi. La frustration à son niveau le plus haut. Les tableaux de Margaret sont sublimes, touchants et effectivement tout à fait dans l’univers de Burton. Alors d’où vient ce manque flagrant d’appropriation ?

"Mais, chérie, tu sais bien que cette robe te fait des seins énormes !"

« Mais, chérie, tu sais bien que cette robe te fait des seins énormes ! »

L’histoire des Keane est fascinante. Elle parle de confiance en soi, d’émancipation mais aussi de violence conjugale, et surtout, surtout d’art. Comment est-ce qu’un petit mensonge proféré rapidement peut décider de la direction de notre vie pendant les dix ans à venir ? Avec une base aussi fournie et intéressante, Burton ne fait … rien. Il plaque des images sur une histoire, avec un déroulement parfaitement chronologique : du départ de Margaret avec sa fille à la fin du procès. Et le film se termine cut. « Voilà, je vous ai raconté cette histoire. Cordialement. Bisous. » Entre les deux, des belles images léchées, Margaret qui pleure, Walter qui pète des câbles, un critique d’art acerbe, un galeriste qui ne jure que par l’art abstrait et des tableaux qui ont tout à raconter et qu’on voit somme toute assez peu. Je n’ai rien ressenti. Je me suis vaguement dit « D’aw, pauvre Margaret », j’ai eu envie de claquer Walter une bonne vingtaine de fois et j’ai trouvé l’ambiance franchement malsaine. C’est un peu maigre. Je ne saurais même pas dire à quoi c’est du, parce que les acteurs sont bons. Je n’arrive pas à détacher Amy Adams de son rôle de princesse paumée dans Il était une fois (oui je sais …) mais Christopher Waltz excelle dans le rôle du connard absolu qui adore crier et soumettre les femmes (prestation aussi bonne que dans Carnage, de Polanski).

Je ne suis pas contre le fait que Burton sorte de ce qu’il a l’habitude de faire, bien au contraire. Big Fish, par exemple, a une esthétique très différente de l’éternel « J’aime le noir, les arbres morts et les meufs pâles aux grands yeux bleus » et il constitue un excellent film. Alors pour le coup, je reste perplexe. Est-ce que Burton voulait nous faire passer un message ? Est-ce qu’il a fait ce film pour lui ? Mais même cette possibilité me semble étrange, tant on a l’impression qu’il a découvert le travail de Margaret 3 semaines avant de tourner. Et c’est bien triste.

Burton, sache que je crois toujours en toi et que j’attends avec impatience Miss Peregrine. Je sais que tu peux remonter la pente et faire un nouveau petit bijou.

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4 Comments

  • Reply Crotte de nez 6 avril 2015 at 10 06 22 04244

    Salut par ici. (ça me fait plaisir de revenir flâner)
    J’aime beaucoup les rideaux, les robes qui font des gros seins, et ton petit message d’espoir. Mais jusque-là, je n’ai vu que des critiques acerbes de ce film, en général en le compare à un film plat, sans âme. C’est vrai que ses films précédent qui ont des odeurs de grosses productions n’ont pas vraiment plu … C’est peut-être ça qui gêne ? Moi qui attendais avec impatience la sortie de « Big Eyes », je suis un peu refroidie, je pense que j’irais le voir, mais peut être après un petit temps. Par contre, je n’ai pas du tout entendu parler de Miss Peregrine, ça s’annonce prometteur ?

    • Reply Crotte de nez 11 mai 2015 at 10 08 22 05555

      Je l’ai enfin vu, je ne l’ai pas trouvé si mauvais, un bon divertissement. Par contre je suis d’accord pour le côté impersonnel, il manque la touche Tim Burton mais je m’attendais à pire.

  • Reply Manue 7 avril 2015 at 10 03 22 04194

    Quand j’ai vu la bande annonce, ce film ne m’a pas du tout inspiré. Et j’ai été surprise de voir que c’était un Burton. En tout cas ça me conforte dans l’idée que je n’irais pas le voir.
    Et j’ai bien aimé tes petits commentaires sous les photos x)

  • Reply Aurélien 19 avril 2015 at 10 02 22 04574

    Un film que j’avais très envie de voir mais qui après certains avis négatifs, à vite détruit cette envie ! ^^

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