Cinéma Culture

Blackfish – Un documentaire éprouvant

2 juillet 2014

Blackfish : Critique

Le mois dernier, je traînais comme d’habitude sur le site de Madmoizelle et je suis tombée sur un article sobrement intitulé « Blackfish, le docu sur les orques en captivité ». Intriguée, j’ai cliqué. Assez bref, l’article parlait d’un documentaire traitant des conditions de vie des orques dans les parcs aquatiques type Marineland. Plus que le sujet (je fais entièrement confiance à Arte pour produire des documentaires de qualité mais je n’aurais jamais pensé à m’intéresser au sujet à l’époque), c’est la bande annonce, ses très belles images et son rythme plutôt soutenu qui m’ont donné envie de le voir. Frustrée qu’il ne soit pas disponible tout de suite, j’ai attendu patiemment qu’une date de diffusion soit annoncée sur le site d’Arte pour la noter sur mon agenda. Et ce jour, c’était dimanche. Alors, on en discute ?

                                               
Bon, on va pas se mentir, Arte résume la chose mieux que moi :
 » Février 2010. Au cours d’un spectacle au parc d’attractions aquatique Seaworld, en Floride, Tilikum, une orque de six tonnes, attaque mortellement Dawn Brancheau, une dresseuse confirmée, sous les yeux des spectateurs. Attribuant l’accident à une négligence de la victime, le parc classe très vite l’affaire et l’orque, source de gros revenus, reprend les spectacles un an après. Pourtant, Tilikum n’en était pas à sa première agression…
Capturée à l’âge de 2 ans dans les eaux islandaises en 1983, cette orque mâle de sept mètres de long a passé le plus clair de sa vie en captivité. Elle a d’abord été dressée au Canada avant d’être rachetée par le Seaworld d’Orlando en 1992. Avant ce jour fatidique où elle s’est ruée sur la dresseuse, Tilikum était déjà impliquée dans l’attaque meurtrière de deux personnes… Mêlant des archives exceptionnelles (filmées pendant les entraînements, les représentations mais aussi les attaques) et des entretiens avec les entraîneurs et des experts, ce film, sélectionné au Festival de Sundance 2013, relate les faits tout en enquêtant sur le comportement altéré des orques en captivité. »
Ouuuuh ça donne envie hein ? Je vous rassure, le but du documentaire est d’informer/de dénoncer et non d’être spectaculaire, donc vous ne verrez aucun dresseur se faire déchiqueter à coups de dents. Maintenant que vous êtes rassurés, venons en à ce que j’en ai pensé.
Le documentaire démarre sur des témoignages de dresseurs animaliers provenant de divers parcs aquatiques, mais surtout de Seaworld, un parc qui se situe en Floride. Ces derniers expliquent comment ils en sont venus à faire ce métier, qui est bien souvent une vraie passion, puis comment ils en sont venus à côtoyer les orques. On plonge en fait très vite dans le bain (hihi) puisque après seulement dix minutes de documentaire, on nous balance les conditions de capture de ces pauvres bêtes et là c’est vachement moins fun, puisque ce sont souvent des petits arrachés à leur mère. Vous l’aurez compris, Blackfish est un documentaire sombre qui ne fait dans la dentelle !
Le reste du film est constitué d’une alternance de témoignages des dresseurs, des proches des blessés/tués et même de certains chercheurs, apposés en parallèle à des images d’archives, des publicités pour les parcs (très, très flippantes et beaucoup, beaucoup trop kitsch), des extraits des vidéosurveillances, des images sous marines des orques dont il est question, etc. Sur ce point là, rien à redire, ça me semble très bien documenté (après je ne suis pas spécialiste en la question), visuellement ça marche bien et on ne voit pas vraiment passer les 83 minutes. Sur la forme, je n’aurais qu’un petit reproche : le film a comme point de départ l’accident de Dawn Brancheau mais au lieu de le présenter une bonne fois pour toute au début, on laisse un peu planer le mystère, puis on y revient de temps en temps durant le documentaire et du coup c’est un peu fouillis. On enchaîne les présentations des autres accidents sans vraiment les creuser et ça devient assez vite une succession de moments violents visant à montrer combien les orques sont exploitées et malheureuses en captivité.
Sur le fond, quelques petits points m’ont gênés :
Déjà, les témoignages sonnent faux. Je ne sais pas si c’est la VF superposée qui a un petit côté kitch-téléfilm-de-21h-sur-france-2 mais franchement, malgré le sujet important, j’ai eu du mal à être touchée. Les dresseurs qui te disent dans les yeux « J’étais un gamin, je ne savais pas ce que je faisais » ça a un côté « faire pleurer dans les chaumières » un peu lourd. Après, je ne remet pas du tout en cause la passion de ces dresseurs : ils aiment leur travail, ça se voit et leur seul but était très certainement d’améliorer les conditions de vie des orques, mais je ne sais pas, ça m’a gênée. Le grand dilemne du documentaire, c’est un peu « En partant du principe que ces orques seront de toute façon gardées en captivités dans des conditions douteuses, la meilleure façon de leur donner de l’amour est-ce que c’est de rester pour leur rendre la vie plus agréable ou de ne plus cautionner les parcs et de démissionner ? » Du coup, c’est chouette qu’ils se remettent en question et qu’ils aient honte de leur participation à ce gros mensonge, mais je ne peux pas m’empêcher de croire qu’ils auraient pu voir que quelque chose clochaient si ils avaient ouvert un peu les yeux
Ensuite, c’est manichéen. C’est tout à fait compréhensible qu’on en veuille à Seaworld et consorts et j’ai bien compris que le but du documentaire était de dénoncer mais malheureusement on tombe un peu vite dans le « Bouuuh méchants Seaworld, bouuuh pauvres bébés orques ». Je ne suis pas sûre que cela ait eu un réel impact. J’ai trouvé le ton un peu moralisateur en plus.
Et surtout, parfois, c’est too much. Franchement, les plans d’orques en libertés batifolant dans l’eau à la fin sur fond de soleil couchant …
Bon, là en me relisant, je suis un peu critique, parce que ce documentaire est très chouette mis à part les points évoqués plus hauts. En tout cas, il a réussi à me sensibiliser à la question, alors qu’il y a encore trois jours, je ne m’étais jamais encore intéressé à ce problème. Je crois d’ailleurs n’avoir jamais mis les pieds dans ce type de parc, et bon, du coup, je ne le ferai jamais je pense. Ce qui se passe là-bas est inhumain et ça porte à réfléchir la prétendue supériorité de l’Homme qui fait souffrir à seule fin de se distraire.
Donc malgré tout je vous le conseille, ne serait ce que pour que vous puissiez vous faire votre propre avis et venir en discuter ensuite :)

– Blackfish (2013, EU)                   
Un documentaire de Gabriela Cowperthwaite                   
Le film est disponible jusqu’au 6 juillet sur ARTE +7                   
Il est également disponible en DVD                   
Rendez-vous sur Hellocoton !

You Might Also Like

5 Comments

  • Reply Lucie H. 7 juillet 2014 at 10 07 22 07387

    J’ai vu ce documentaire quand Arte l’a diffusé, et cela m’a beaucoup intéressé. Les points que tu soulèves sont pertinents, mais je pense que c’est à mettre en lien avec l’origine du documentaire: les USA. C’est possible que ce soit plus dans leur culture de faire dans le pathos pour toucher les gens (alors que pour nous, ça nous fait juste penser à « Tellement Vrai »). Mais pour être honnête, je parle sans vraiment savoir…

    • Reply Louise P. 7 juillet 2014 at 10 10 22 07567

      Non je pense que tu as tout à fait raison, et c’est en ça que j’ai été un peu déçue : je m’attendais à quelque chose de plus objectif, avec une prise de recul visant uniquement à alerter. Je ne comprends pas tellement cette volonté de mettre du pathos partout, ça me met mal à l’aise (mais je suis quasi sûre que la VF apposée donne un côté ringard qui n’aurait pas été présent si ça avait été simplement sous titré).
      Merci pour ton commentaire !

  • Reply Sonpyjama 25 juillet 2014 at 10 08 22 07387

    je te trouve un peu dur envers ce documentaire…

    • Reply Louise P. 25 juillet 2014 at 10 09 22 07237

      Salut !

      Je suis allée lire ton article à toi, que j’ai trouvé très intéressant au passage.
      Je comprends ton point de vue, j’ai été très critique (je le dis à la fin de l’article d’ailleurs) parce que j’ai essayé de dépasser le simple « C’est horrible ce qu’ils font aux orques » pour étudier la forme du documentaire et pas seulement son fond. Et sur la forme, quelques moment m’ont un peu gênés et j’ai décidé de les lister ici pour être totalement partiale et aller au fond de ma pensée mais je le répète : j’ai beaucoup aimé ce documentaire. Après, ce n’est que mon avis personnel :)

      J’espère avoir suffisamment argumenté ;)

    • Reply Lilith Lilie 14 août 2014 at 10 10 22 08238

      Y a pas de soucis… :p

    Leave a Reply