Roman

Critique : Room, de Emma Donoghue.

19 juillet 2014


Résumé :  » Sur le point de fêter ses cinq ans, Jack a les préoccupations des petits garçons de son âge. Ou presque. Il ne pense qu’à jouer et à essayer de comprendre le monde qui l’entoure, comptant sur sa mère pour répondre à toutes ses questions. Cette mère occupe dans sa vie une place immense, d’autant plus qu’il habite seule avec elle dans une pièce unique, depuis sa naissance.
Il y a bien les visites du Grand Méchant Nick, mais Ma fait tout pour éviter à Jack le moindre contact avec ce personnage. Jusqu’au jour où elle réalise que l’enfant grandit, et qu’elle ne va pouvoir continuer longtemps à entretenir l’illusion d’une vie ordinaire. Elle va alors tout risquer pour permettre à Jack de s’enfuir » + le résumé en anglais qui est plus parlant je trouve.  
Premières lignes : « Aujourd’hui, j’ai 5 ans. Hier soir j’en avais 4 quand j’ai été me coucher dans Petit Dressing, mais abracadabra ! il fait encore nuit et je me réveille dans Monsieur Lit avec mes 5 ans. Avant, j’avais 3 ans, et 2, et 1 an, et encore avant 0 an. « Est-ce que j’ai eu des moins que zéro ?
– Hein ? » maman s’étire de tout son long.
« Quand j’étais au Ciel. Est-ce que j’avais moins 1, moins 2, moins 3 ans… ?
– Mais non, les chiffres n’ont commencé que quand tu es tombé de là-haut.
– Par Madame Lucarne. Tu étais toute triste avant que j’arrive dans ton ventre.
– Bien vrai. » Maman se penche pour allumer Madame Lampe qui fait la lumière, rapide comme l’éclair : clac ! » 
Une citation que j’aime beaucoup : 
« Ce que je te raconte est tout sauf des mensonges. C’est… comme… sortir du mensonge. » 
A l’origine de mon intérêt pour Room, il y a sa bande annonce. Grâce à mes études, cette année, j’ai pu réaliser une publicité animée pour des nouvelles, et je dois avouer que c’est un exercice difficile, en plus d’être un concept assez récent. Comment rendre vivants les mots d’un livre, comment donner envie au lecteur de rentrer dans l’histoire ? La bande annonce de Room contient à mes yeux tout ce qu’il faut : elle en dit juste assez pour éveiller notre curiosité, elle n’est ni trop longue ni trop courte et surtout elle respecte bien l’univers du roman. Je vous laisse la regarder :

En écrivant cette critique, je réalise en fait que je vais avoir du mal à vous en parler. Pourquoi ? Parce que je voudrais que vous découvriez ce livre comme je l’ai découvert, sans rien connaître d’autre que le postulat de départ : l’histoire d’un petit garçon de 5 ans né en captivité, dont la maman a été enlevée sept ans plus tôt par un homme et séquestrée dans une cabane au fond d’un jardin. Je voudrais vous en dire le moins possible et pourtant, je voudrais que vous finissiez cet article en ayant envie de lire ce roman. Parce que Room est de ces livres qui marquent, qui font réfléchir et qui demandent un travail de concentration de la part du lecteur.

Autant le dire tout de suite : ce n’est pas un livre facile, autant par son sujet que par son écriture. L’histoire est racontée par un enfant, ce qui me semble être un parti pris intéressant. Il faut par contre se forcer à passer outre la patte enfantine qui est parfois fatigante : Jack considère tous les objets de la Chambre comme des amis et les appelle « Madame table » ou « Monsieur lit », ou bien il se trompe dans les temps des verbes, et il arrive que ses phrases ne soient pas bien construites et qu’il faille les relire pour comprendre. Cela m’a gêné au début mais au fur et à mesure que j’avançais dans le livre, je le remarquais de moins en moins. Après tout, l’auteur ne pouvait pas prétendre qu’un enfant soit le narrateur de son livre et le faire parler comme un adulte, nous sommes d’accord … A vous de voir si vous arrivez à ne pas en tenir compte. Il serait dommage de passer à côté de ce livre pour ça, car malgré tout Jack, reste un des héros les plus attachants qu’il m’a été donné de rencontrer ! 
Je crois bien être passée par tous les sentiments possibles avec ce roman qui m’a un peu secouée. Peur, tristesse, amusement (Jack fait parfois des réflexions surprenantes quand il ne comprends pas quelque chose), colère, incompréhension… Le seul bémol réside en fait dans le rythme, qui est un peu inégal. Encore une fois, sans vouloir spoiler une grosse moitié du livre, on alterne entre suspense / inquiétude et ennui. L’avantage que nous avons sur Jack, c’est de pouvoir porter sur le monde un regard adulte : aussi, à plusieurs reprises, nous comprenons à travers ses descriptions des évènements qui restent un mystère pour lui. Par exemple, la maman de Jack est de temps en temps « Ailleurs » selon le petit garçon : elle dort et ne s’occupe pas du tout de lui, il doit se débrouiller seul et pour lui, ce n’est synonyme que d’ennui. Pour notre part, nous ne pouvons qu’imaginer la grande détresse physique et psychique de cette maman qui s’accorde de temps à autre des pauses afin de s’empêcher de sombrer et d’être présente pour son enfant…

Les personnages de Emma Donoughe ne sont pas des héros, au contraire. La maman de Jack est humaine, elle manque parfois de patience envers son fils, il lui arrive de s’énerver ou de faire des mauvais choix. Elle tente malgré tout de rester courageuse pour son enfant et j’ai trouvé cela remarquable. Pour le bien de son fils, elle commence par lui mentir en lui expliquant que les choses qu’il voit dans « madame Télé » n’existent pas puis elle fini par revenir sur ses paroles quand elle décide de le faire sortir. Jack, quand à lui, est à son propre aveu « peurageux » : il a parfois très peur mais il essaye de rester fort. Pour lui permettre de mieux supporter la captivité, sa maman lui lit des histoires, elle s’efforce de lui construire un univers pour qu’il puisse s’évader par l’esprit, même si il n’en a pas conscience. Dans la tête du petit garçon, tout se mélange un peu : réalité et fiction, et si la frontière n’existait pas ? Au cœur du roman se trouve évidemment la relation mère-fils. Sans maman, pas de Jack, et sans Jack, pas de maman telle qu’elle est dans le roman. Pour nous permettre de mieux nous concentrer sur ce lien, l’auteur élude tout détail superficiel. Ainsi, nous se saurons jamais le prénom de la mère. C’est « maman » et c’est tout. C’est une mère, avant d’être une femme. Il en va de même pour le prénom du kidnappeur, qui est juste « le méchant de l’histoire ». Emma Donoghue résume ainsi ce qu’il l’a le plus intéressée : « Le drame essentiel de la parentalité : comment l’on passe d’un instant à l’autre du rôle de celui qui console à celui qui persécute, tout comme les enfants passent leur temps à illuminer notre vie et à nous rendre fous. J’ai essayé de saisir cette étrangeté et ce paradoxe. Devenir parent suscite les émotions les plus folles qu’on puisse ressentir. »
Certains verront ce roman comme un conte : il était une fois une mère et son jeune fils qu’un vilain monsieur avaient enfermés dans une cabane au fond du jardin. Le petit garçon s’amusait beaucoup dans cet endroit qu’il avait baptisé « la Chambre » mais sa maman était souvent triste, alors un jour ils décidèrent de partir… J’y ai vu une belle histoire d’amour familial mais surtout un livre d’une douceur surprenante malgré la violence du sujet. Ce roman est un petit ovni. A lire !!
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3 Comments

  • Reply Chaoffthewall 18 août 2014 at 10 04 22 08538

    Ça à l’air très pertubant comme lecture. Je vais me pencher dessus.

    • Reply Louise P. 19 août 2014 at 10 08 22 08138

      Oui, c’est assez spécial comme lecture, et on doit s’accrocher un peu au début ! J’aimerai bien avoir ton avis si tu le lis :)

  • Reply Valérie 2 décembre 2016 at 10 02 22 121412

    Voilà un roman que j’ai lu il y a maintenant un bon moment et que je n’ai pas oublié.

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