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Frankenstein ou le Prométhée moderne – Mary Shelley

30 octobre 2018

Robert Walton, en expédition au Pôle Nord, fait une étrange rencontre : alors que son bateau et son équipage sont coincés par la glace, il fait monter à bord un homme à bout de forces affirmant s’appeler Victor Frankenstein et retrouvé errant dans ce paysage désolé. L’homme explique poursuivre une créature démoniaque et meurtrière à qui il aurait lui-même donné vie et entreprend alors de raconter son histoire à Walton, afin que ce dernier ne commette pas les même erreurs que lui, aveuglé par une passion dangereuse. C’est l’histoire d’un créateur et de sa créature, d’un monstre qui n’est pas forcément celui qu’on croit, et tout commence lors d’une nuit pluvieuse de Novembre… 

 J’avoue que je ne savais absolument pas dans quoi je mettais les pieds en commençant ce livre, mais il s’agissait d’un classique qui m’attirait – j’en lis trop peu à mon goût en ce moment, et il me semblait parfait pour l’ambiance automnale du mois d’Octobre. J’avais également très envie de découvrir l’histoire originale cachée derrière le mythe bien connu, car il est intéressant de constater que Frankenstein est rentré dans la culture populaire de manière déformée : ce nom est celui du créateur, et non de la créature, qui, elle, n’est jamais nommée – car comment nommer l’innommable ?

Je voulais en quelque sorte revenir aux sources, découvrir ce classique de la science-fiction et par la même occasion la plume de Mary Shelley, dont j’ai vu le biopic filmé en Août. Frankenstein a été écrit alors que Shelley et ses amis étaient cloitrés dans un château en Suisse à cause d’un temps épouvantable : quelqu’un proposa de faire un concours de nouvelles horrifiques, et tous jouèrent le jeu. Je dois avouer que j’aime beaucoup les circonstances de l’écriture de ce livre, car je trouve qu’elles lui apportent un petit caractère supplémentaire, quelque chose qui touche à la passion et à la spontanéité.

 Je ne vais pas mentir, cette lecture aura été laborieuse. D’une part à cause de l’écriture en elle-même : la plume de Shelley est certes magnifique, mais elle se perd souvent en envolées lyriques sans fin qui rendent le récit lourd et pompeux à plusieurs reprises. D’autre part à cause du personnage principal, Victor Frankenstein, qui devient vite, aux yeux du lecteur, le véritable monstre de l’histoire : peu à peu, il se révèle lâche, colérique, entêté et indigne de ses amis et de sa famille. J’en suis venue à le détester au fur et à mesure que j’avançais dans le récit, ce qui a rendu mon avancement parfois un peu difficile. Je regrette également le rythme parfois bien trop lent qui m’a coupée à plusieurs reprises dans mon élan.

 Cependant, même si il m’aurait fallu une bonne semaine pour venir à bout de ce livre relativement court, je suis tout de même contente de l’avoir découvert et d’avoir pu faire la connaissance du véritable Frankenstein et de sa créature. Cette dernière, même si elle finit par commettre des actes atroces, est un être d’une grande sensibilité, très intelligent et dont l’évolution a été vraiment intéressante à suivre. Sa découverte progressive des moeurs humaines – car il « nait » sans savoir se « comporter » en humain – permet à Mary Shelley de mettre en place une réflexion philosophique sur la justice qui est poignante et dont on sent l’importance pour l’autrice. Ce fut une lecture très forte et marquante de ce point de vue. De plus, le système du récit enchâssé (Walton raconte à sa sœur – via des lettres – le récit que Frankenstein lui relate, et une partie de l’histoire est elle-même consacrée aux paroles rapportées de la créature) est un procédé employé à très bon escient ici, car il nous permet d’avoir le point de vue de plusieurs personnages et ainsi d’obtenir un point de vue global sur le récit, et d’avoir toutes les clefs en main pour se faire son propre avis sur les évènements racontés. Cela rend le récit fluide et apporte un vrai plus à l’histoire. Une jolie leçon sur la notion de manichéisme, dont la lecture m’a certes parfois un peu ennuyée, mais souvent révoltée, et qui restera dans tous les cas marquante.

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